La filière avicole : un révélateur des déséquilibres commerciaux
Lors de la session consacrée à « l’impact des accords commerciaux sur la souveraineté alimentaire et les droits des communautés locales », Joséphine Atangana, Cheffe du Département Projets et Programmes de la PROPAC, a illustré ces enjeux à travers un exemple concret : la commercialisation du poulet de chair produit localement face à la concurrence des importations.
Les poulets importés, souvent issus de systèmes fortement subventionnés, sont proposés à des prix largement inférieurs à ceux des productions locales. Cette situation crée une distorsion de concurrence aux conséquences multiples :
- fragilisation des élevages familiaux ;
- baisse de la rentabilité des exploitations locales ;
- découragement des investissements dans la filière ;
- dépendance accrue vis-à-vis des importations alimentaires.
Les jeunes aviculteurs face à une concurrence inéquitable
La situation est encore plus préoccupante pour les jeunes producteurs avicoles, pour qui l’élevage constitue une opportunité majeure d’insertion économique.
Confrontés à l’afflux de poulets importés à bas prix, ces jeunes entrepreneurs font face à :
- des difficultés d’écoulement de leur production sur des marchés saturés ;
- une compression des marges, rendant leurs activités peu viables ;
- un accès limité au financement, en raison du risque perçu ;
- un abandon progressif de l’activité, malgré les efforts d’investissement.
Ce contexte met en évidence un paradoxe majeur : alors que l’aviculture représente un levier stratégique pour l’emploi des jeunes en milieu rural, les règles actuelles du commerce international en limitent fortement le potentiel.
Des impacts profonds sur les systèmes agricoles et les communautés
Selon la PROPAC, les accords commerciaux influencent durablement les systèmes agricoles locaux :
1. Une souveraineté alimentaire et nutritionnelle fragilisée
L’afflux de produits importés à bas prix désorganise les marchés locaux et compromet la capacité des pays à produire une alimentation suffisante, saine et adaptée aux besoins des populations.
2. Une pression accrue sur les droits fonciers et sociaux
L’accaparement des terres, la perte de contrôle sur les semences et la marginalisation des systèmes coutumiers affaiblissent l’autonomie des communautés rurales.
3. Un modèle agricole moins durable
La concurrence internationale encourage des pratiques intensives au détriment des systèmes agroécologiques locaux.
4. Une jeunesse rurale en perte de perspectives
Le manque d’opportunités viables dans des filières comme l’aviculture accentue le chômage et l’exode rural.
Des recommandations portées par Joséphine Atangana
Au cours de son exposé, Joséphine Atangana a formulé des recommandations structurantes pour rééquilibrer les règles du jeu :
- Instaurer des mécanismes de protection pour les filières sensibles, notamment via des mesures de sauvegarde, des quotas et des dispositifs anti-dumping ;
- Mettre en place des politiques spécifiques en faveur des jeunes producteurs, incluant l’accès au financement, la formation et l’accompagnement ;
- Promouvoir l’agroécologie et les savoirs locaux pour renforcer la durabilité des systèmes de production ;
- Sécuriser les droits fonciers des communautés rurales afin de favoriser l’investissement local ;
- Réorienter les politiques agricoles vers les productions vivrières pour soutenir les marchés locaux ;
- Renforcer les coopératives et les infrastructures rurales afin d’améliorer la compétitivité des producteurs.
Une mobilisation pour une souveraineté durable et inclusive
À travers cette initiative, la PROPAC réaffirme son engagement, aux côtés de La Via Campesina, pour défendre les agricultures familiales et promouvoir des systèmes alimentaires justes, durables et inclusifs.
Le message est sans équivoque : sans régulation adaptée et sans soutien ciblé, notamment en faveur des jeunes aviculteurs, les producteurs locaux resteront exposés à une concurrence déloyale.
À l’inverse, des politiques commerciales plus équitables peuvent constituer un levier puissant pour :
- renforcer la souveraineté alimentaire et nutritionnelle ;
- créer des emplois pour les jeunes ;
- dynamiser les économies rurales ;
- et assurer la résilience des systèmes alimentaires en Afrique centrale.